Les ailes de la victoire

dimanche 23 mars 2008

Au travers de la fenêtre embuée, je regarde le paysage gris et la pluie abondante. Indiana, notre chat, aventurier dans l'âme, cherche à rentrer, signe météorologique incontestable qu'on doit être en-dessous de la barre du zéro. Pourtant, ce temps maussade n'a aucune prise sur moi, car aujourd'hui je fête le dixième anniversaire du plus beau jour de ma vie, notre vie.

A l'époque, je n'avais que dix-sept ans. Les copines me surnommaient "Panzer", autant en raison de mon tempérament que du périmètre de mes cuisses. Au cours d'EPS, j'écrasais en effet toutes les filles. Par contre, question garçons, j'avais certainement deux guerres de retard.
L'histoire a commencé lors du tournoi sportif annuel inter-collèges. Je m'étais préparée depuis un an pour cette rencontre, avec une volonté infaillible en sacrifiant tout le reste. Mes efforts devaient enfin être récompensés, car j'avais réussi à me hisser en finale du tournoi d'escrime, mon sport favori.
J'étais assurément très douée, capable, fleuret à la main, de couper les ailes d'une drosophile en plein vol. Mais ce jour-là, le défi qui m'attendait était cent fois, mille fois plus insurmontable: Je devais affronter Gabriel. LE beau Gabriel. Imaginez-vous une championne d'escrime trembler sur ses bases et rester pétrifiée face à l'adversaire? Pas pratique comme tactique. Je m'étais efforcée d'imaginer devoir affronter le petit Luc, un gentil garçon, mais laid comme un poux.
Malgré ces artifices destinés à me réconforter, je ne parvenais pas à trouver le sommeil, si nécessaire avant un tel combat. Enfin, l'aube était apparue et, avec elle, les oiseaux qui zinzinulaient à tout rompre. J'étais toujours paralysée, si bien que j'avais préparé mon Tann's au moins dix fois pour me changer les idées. Il était devenu grand temps de partir pour attraper le dernier autobus. J'avais traîné, en promettant aux copines de les rejoindre au plus vite et là, catastrophe! J’avais loupé le seul moyen de transport qui pouvait me conduire à temps à la compétition. Je m'étais sentie vraiment nulle de savoir que l'équipe ne serait pas au complet, et que je ne réussirais pas le défi personnel que je m'étais lancée depuis des mois. Je savais au fond de moi que je pouvais battre à la régulière ce demi-dieu, si seulement je n'en étais pas secrètement amoureuse. Il n'était pas pour moi, j'étais trop timide, pas assez jolie, et pas digne de ce beau prince dont l'effet sur la gent féminine pouvait, à lui seul, expliquer le réchauffement climatique planétaire.

Soudain, j’ai hurlé! Une main s'était posée sur mon épaule, "tu veux m'accompagner?". Etais-je en train de rêver? Il était lui aussi en retard, et me voyant sur le trottoir en plein désarroi il s'était arrêté. Glacée, j'ai entendu un filet de voix à l'agonie sortir de ma gorge: "où ça?". C'était lamentable car il n'y avait qu'une seule destination possible ce jour là. Avec un grand éclat de rire, il m’a dit "monte dans la voiture, on est en retard". Puis, me fixant de son regard émeraude, il annonça fièrement: "Méfie toi, je ne te ferai aucun cadeau". Ce qu'il ne savait pas, c'est que je ne lui ferais aucun cadeau non plus, je ne comptais pas lui laisser le moindre point. Et puisque l'inespéré s'était produit, c'était sans aucun doute mon jour de chance. J’étais même prête à affronter la horde de harpies qui foncerait sur nous à notre arrivée. Je m'en fichais, rien ne pouvait plus m'arrêter, j'avais soudain décidé de gagner toutes les guerres.

Tout-à-coup, il se glisse derrière moi, et touche mes cheveux de ses mains si tendres. "Ouh! Tu m'as surprise!", dis-je. "Viens me rejoindre dans le salon", dit-il avec son sourire ravageur, un verre de champagne à la main. "Gabriel, que préfères-tu fêter? Les dix ans de notre rencontre ou ta cuisante défaite?".



En partenariat avec Tann's

15 patatipatata:

gazelle a dit…

ohh c'est choupiii comme histoire!!

Camille a dit…

Punaise, Shakti, limite je pleure tellement c'est trop beau, cette histoire!
je vote pour toi. assurément!
J'en reste baba, je te jure! c'est limite un scénario de film, quand même!

Anaïs a dit…

shakti je viens de réécrire pour ton inscription à la semaine de la féminité... si tu as écrit ton billet tu peux déjà le mettre en ligne. bizz, sur ce je vais lire ton texte défi mot qui a fait pleurer camille

Anaïs a dit…

argh magnifique en effet, larme à l'oeil aussi. j'espère que c'est une histoire vraie, ça fait rêver

Alpha Mâle a dit…

Tout simplement beau. Dénudé d'artifice (jeu de mot), un bon coup de poing d'émotion.
Bravo Miss
Alpha M^

Sekhmet a dit…

C'est excellent... BRAVO ... moi j'aime beaucoup. Viens de rentrer de vacances... alors je découvre un peu les divers défis... et le tien est vraiment excellent.

MissBroWnie a dit…

Très jolie histoire :-)
Super agréable à lire ;-)

alice a dit…

C'est très beau!

Angie a dit…

Très belle histoire.

Shakti a dit…

à toutes, tous: merci beaucoup, je suis très heureuse que cette histoire vous plaise :)

Shalima a dit…

Génial ! dis je ne savais pas que tu avais fait de l'escrime, moi aussi figure-toi ! on a bcp de points en commun ;-)

Sekhmet a dit…

Je te l'ai déjà dit... j'aime beaucoup et je trouve que la tienne sort réellement du lot... bonne chance.

Shakti a dit…

shalima: héhé
sekhmet: merci merci merci! ;))

axelle a dit…

excellent !!! tu te balades en defi mot ou je reve ?

Shakti a dit…

axelle: merci merci!